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  Enfant, j’aurais voulu être bergère...

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Dans ma famille d’ouvriers, au milieu de ma petite ville natale, je ne connaissais rien de la vie rurale, de la ferme, des travaux des champs, des troupeaux... Pourtant, je m’imaginais, arpentant les montagnes, accompagnant  mes infatigables moutons. Je me voyais soignant mes brebis, portant tendrement mes agneaux nouveau-nés, appelant mes chiens –un noir, un crème- pour le repas du soir, dans la pièce unique du refuge...

 

  Je ne m’ouvris de ce rêve à personne –à quoi bon- et je choisis le métier le plus proche possible en restant réaliste : je devins institutrice, une sorte de bergère des villes...

  

  Alors que j’avais trente ans déjà, je rencontrai celui qui m’ouvrit le chemin des montagnes. J’enfilai donc des chaussures de randonnée, et je suivis en sautillant son pas ferme et régulier. Je découvris, haletante et émerveillée, les tendres chaumes à l’herbe douce piquetée de minuscules gentianes au bleu si profond qu’on n’en a jamais vu de plus beau. Je me sentis fragile et dérisoire devant l’immensité des sommets. J’entendis pour la première fois le silence grandiose des montagnes, et j’en fus comme emplie. Je me baignai dans la lumière du ciel zébré par le vol tournoyant d’un couple de vautours fauves. Je me penchai sur le miroir glacé d’un lac émeraude apparut par miracle au creux d’un vallon, au détour du sentier. Grâce à mon merveilleux compagnon, calme et patient comme ces montagnes dont il semblait issu, je pus m’étendre au bord des torrents, compter les étoiles s’illuminant l’une après l’autre, trembler sous les grondements du tonnerre et admirer les crépitements des éclairs...

 

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Au détour de nos randonnées, je rencontrai mes moutons, et leurs bergers. J’observai avec admiration ces hommes aux allures rudes et frustres : eux  ne me jetèrent pas même un regard, bien sûr, ne pouvant pas imaginer que j’aurais pu, à quelques hasards de la vie près, être leur collègue... Mes moutons me plurent beaucoup, alertes comme ils savent être en affrontant quotidiennement la montagne, mais je tombai sous le charme de leurs agiles compagnes, chèvres au regard fendu qui nous fixaient avec effronterie, toujours perchées plus haut que nous.

 

  Chaque période de vacances fut l’occasion pour mon compagnon d’approfondir mes connaissances, sans livres et sans théories, en me faisant goûter la splendeur des couchers de soleil et la douceur des pierres de torrents roulées par les eaux tumultueuses de la fonte des neiges. Année après année, j’y trouvai mon bonheur, mon équilibre, ma sérénité...

 

  A présent, il est trop tard pour envisager de changer radicalement de vie, et d’aller rejoindre les moutons de mes rêves d’enfant. D’autres contraintes, d’autres nécessités, me retiennent dans les plaines.


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Mais, dans une prochaine vie, je l’espère, je ne me laisserai pas détourner de mon sentier de montagne, et je serai –enfin !- bergère...

 

 


par elizee publié dans : Récits communauté : poupées
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