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Cette semaine, j’ai décidé de faire chauffer ma machine à coudre, et d’habiller une de mes innombrables poupées en attente de vêtements. J’ai choisi une poupée Bella des années 60 : ce n’est pas qu’elle me plaise énormément, avec son air sérieux de petite fille sage, mais elle me rappelle un souvenir d’enfance.

  Cette année-là, je voulais une poupée qui marche : j’en avais entendu parler par mes petites camarades à l’école, c’était le cadeau qu’elles allaient avoir pour Noël. J’en parlai à mes parents : à l’expression du visage de ma mère, je sus tout de suite que ce n’était pas possible : Trop cher ! Je fus très déçue, mais j’essayai de cacher mon chagrin.

 
 Mon père avait bon cœur, et rien n’était trop beau pour ses enfants : il décida de m’offrir quand même une poupée marchante, et, le soir de Noël, alors que je n’attendais pas de poupée, j’eus la surprise de trouver une boîte allongée – tiens, tiens – sous le sapin... Après m’avoir taquinée en me faisant croire que le paquet était pour ma sœur, mon père, jubilant, me permit d’ouvrir mon cadeau. C’était une poupée au visage sérieux, aux cheveux courts qu’on pouvait coiffer et laver, habillée en petite fille modèle. Malheureusement, la poupée n’avait ni piles, ni bouton pour la faire fonctionner. Un peu étonnée, je me retourne vers mon père. Celui-ci me montre, enthousiaste, que la poupée marche quand on lui presse sur les épaules. En effet, il lui fait avancer une jambe, puis l’autre... J’essaie, ça fonctionne à peu près... Mais je suis déçue, car je voulais une poupée qui marche toute seule ! Mon père se fâche, je réponds, et la soirée de Noël est gâchée par ma faute... Capricieuse, jamais contente, mauvaise fille... Je pars me coucher en pleurant. J’avais rêvé d’une vraie poupée qui marche, un peu comme Pinocchio, une poupée merveilleuse et magique. La mienne était raide et pas très jolie, avec ses cheveux en brosse et sa mine sérieuse. Je comprenais bien que mon père n’avait pas eu assez d’argent pour m’offrir celle que je convoitais, mais...

 La semaine suivante, j’allai rendre visite à une de mes petites amies plus fortunée, et je pus contempler sa poupée de Noël : belle, avec de longs cheveux blonds et bouclés, habillée d’une robe blanche avec des rubans roses, et coiffée d’un chapeau de paille. J’attendais impatiemment de la voir marcher, mais quand mon amie la fit fonctionner, je fus stupéfaite : la superbe poupée avançait d’un pas raide et tressautant, et le moteur faisait  un bruit très désagréable... Quand je la pris dans mes bras, je fus surprise par son poids, et quand mon amie la déshabilla pour me faire admirer le mécanisme, je découvris avec horreur son bassin tronqué et ses cuisses difformes... La réalité était bien loin de mes rêves !
 

 Je ne demandai plus de poupée électrique à mes parents et je jouai avec la mienne sans état d’âme :  Finalement, elle n’était pas si ridicule !

 Cette poupée de mon enfance était une poupée « à palonnier », dispositif de marche dont le brevet a été déposé en 1952 et exploité par Bella : la première fois que j’en ai retrouvée une semblable dans un marché aux puces,  j’ai reconnu un morceau de mon passé échappé de la roue du temps...

 C’est donc ma poupée de Noël 1960 (ou sa sœur !) que je décidai d’habiller cette semaine. Je choisis un modèle de petite robe à volant qui me plaisait dans les photos des poupées Bella de cette époque ; je l’enrichis d’un fin ruban et de broderies appliqués au bas des manches et sur le bord de l’empiècement ; j’ajoutai un chapeau assorti pour donner un peu de volume à la tête ; une culotte et des chaussettes pour parfaire le travail , et voilà le résultat...

 

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Jolie princesse, n'est-ce pas ?

Par elizee - Publié dans : Récits - Communauté : poupées
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