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Ma meilleure amie s’appelle Capucine. Elle est plus âgée que moi, plus posée et douce ; nous nous entendons à merveille. Comme nous habitons à quelques maisons l’une de l’autre, nous pouvons nous voir aussi souvent que nous en avons envie sans que nos parents ne s’inquiètent. Des après-midi entières pendant l’été, nous jouons à la maman. Mais nos enfants sont un peu particuliers : ce sont des poupées de papier !

Armées d’anciens catalogues de vente par correspondance soigneusement conservés d’une saison à l’autre, et de ciseaux, nous nous installons sur les marches d’escalier de la maison de mon amie. A l’ombre du tilleul majestueux qui adoucit les ardeurs du soleil de juillet, entourées des roucoulements de tourterelles sur fond de chansons de grillons, baignées dans le parfum des roses que sa mère entretient avec passion, nous commençons à créer notre petite famille. Nous choisissons sur les pages enfants des catalogues les petits qui nous plaisent le plus : petits garçons aux cheveux frisés comme des anges, petites filles à la bouche mutine, et surtout, des bébés ! Les plus potelés, les plus souriants, les plus mignons sont pour nous ! Les naissances multiples ne nous effraient pas, bien au contraire : Nous n’hésitons pas à agrandir notre famille de deux ou trois poupons. Nous donnons à chacun un nom, un âge, un caractère, et nos derniers-nés, nos préférés, sont des jumeaux ou des triplés...

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Ensuite, nous leur cherchons des habits convenables, que nous découpons soigneusement, en ajoutant des languettes aux épaules et sur les hanches pour faire tenir le vêtement sur la poupée. Il faut retoucher un peu, creuser tel gilet ou raccourcir telle robe, mais dans l’ensemble nous parvenons à créer  une garde-robe respectable à chacun de nos rejetons.

Pour les bébés, nous fabriquons des berceaux avec de petites boîtes d’allumettes , que nous garnissons de draps et d’oreillers bordés de dentelles volés à la page du linge de maison : rien n’est trop beau pour nos petits ! Le dessus de la boîte est garni de l’image d’une couverture ou d’un édredon. Nous ajoutons sur le bord un rabat de drap festonné, et notre bébé peut être installé, bien au chaud dans le tiroir, la boîte juste entr’ouverte pour laisser apparaître son minois souriant...

Parfois, il est l’heure de rentrer, alors que rien n’est terminé : l’après-midi est passée trop vite, le temps nous a fait sa farce préférée... Nous devons tout ranger, taire notre frustration, nous plier aux horaires insupportables des grandes personnes ! Et nous n’avons qu’une hâte : que demain arrive vite, que nous puissions reprendre le jeu merveilleux trop tôt interrompu, et à nouveau découper, créer, rêver...

Nous possédons chacune, bien sûr , de belles poupées que nos parents nous ont achetées, ainsi que berceaux, poussettes et tous les accessoires nécessaires pour jouer à la maman. Pourtant, ces enfants de papier ont un attrait particulier à nos yeux : c’est notre famille secrète, choisie par nous seules, hors du contrôle des adultes...


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Je me souviens avec émotion de ce jeu créé à partir de rien, et je
garde précieusement le souvenir de ces petites poupées éphémères, tendre cadeau de mon enfance. 




 
par elizee publié dans : Récits communauté : poupées
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