Dans les années 50, une nouvelle matière plastique vint
révolutionner le monde de la fabrication des poupées : le polyéthylène, qui pouvait être injecté à chaud dans un moule pour donner sa forme à l’objet. Claude Réfabert (son entreprise allait
bientôt prendre le nom de « Clodrey ») perfectionna le système de moulage pour qu’il puisse s’adapter à la réalisation des poupées, en remplacement du celluloïd, qui présentait
l’inconvénient de s’écraser et de s’enflammer facilement (la fabrication de jouets en celluloïd fut d’ailleurs interdite à partir de 1959).
Afin de faire connaître ses jouets, le pétillant patron des entreprises Réfabert jugea que la publicité classique ( la
« réclame », comme on l’appelait à l’époque) ne suffisait pas : il décida en 1955 de créer un évènement extraordinaire, qui frapperait l’imagination des enfants et de leurs
parents.
Il loua le Cirque d’Hiver à Paris, et sous le contrôle d’un huissier de justice, présenta
un spectacle d’éléphant auquel je suis sûre que vous auriez aimé assister, mes chers lecteurs : imaginez une poupée en polyéthylène posée sur un tambour au milieu de la piste, et un
éléphant, mené par son cornac, qui s’en approche majestueusement... Il s’arrête, lève son énorme patte au-dessus de la poupée sacrifiée, et la repose en plein dessus, et presse, presse, afin de
la broyer...
Tout un public de photographes et de journalistes assistent à la scène et relateront dans
les journaux l’évènement : la poupée a résisté à l’éléphant ! Pas moyen de l’écraser !
Sur les publicités réalisées à partir de ce judicieux spectacle, on voit nettement le poupon choisi : « indéformable, ininflammable, souple, inoffensif », il
s’agit d’un poupon semblable aux poupons en celluloïd, avec ses cheveux gravés et ses belles joues rondes. Il s’agit d’un modèle comme le mien !
Ce poupon mesure 45 cm, ses yeux sont dormeurs, avec un système à balancier (les yeux se ferment les deux ensemble, à l’aide d’un
contre-poids). Sa tête et ses bras tiennent avec des élastiques, et ses jambes sont emboitées. Il porte au dos l’inscription : POLYFLEX, écrit en arc de cercle au-dessus du sigle de Clodrey
(un rond avec à l’intérieur le dessin de l’arbre de vie et du phénix), et en dessous MADE IN FRANCE.
La réclame n’était pas mensongère : « La poupée
polyflex qui a résisté à l’éléphant... résistera aux enfants ! » Et c’est vrai, elle est arrivée jusqu’à nous... Admirez son petit air romantique !

(Sources : "Un amour de poupées", de Catherine Réfabert)
Amitié,
Elizée