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Nous n'avions pas beaucoup d'argent, et les cadeaux de Noël ou les anniversaires ne pouvaient pas coûter cher. Pourtant ma mère avait à coeur de me gâter, alors elle tricotait pour mes poupons des petits habits de laine, brassières, culottes, burnous, chaussons...

 

Elle travaillait plusieurs semaines, en cachette, et si je la surprenais, vite elle cachait son ouvrage, pour que la surprise soit complète. Je mourrais d'envie de contempler ses oeuvres, mais j'avais beau la supplier, fouiller les placards en son absence, jamais je n'ai pu goûter en avant-première mon cadeau...

 

Alors, je l'imaginais : peut-être un ensemble blanc comme la neige, en fine dentelle... Pourquoi pas des petites chaussettes fines, des chaussures en cuir souple... De vrais habits, luxueux, en miniature, voilà ce que je rêvais de recevoir!

 

Et quand le grand jour arrivait, quand j'ouvrais fébrilement le papier coloré entourant le trésor tant attendu, tant désiré, les petits habits tricotés avec tendresse paraissaient grossiers à la lumière de mes rêves. La laine était trop épaisse, il n'y avait ni chaussettes, ni dentelles, et les culottes se fermaient avec un cordon à nouer : aucun bébé ne portait des culottes pareilles! J'aurais voulu un élastique à la taille, invisible, comme en vrai. J'aurais voulu... J'étais déçue, et ma mère s'en apercevait...

 

J'essayais de faire bonne figure, ma mère cachait sa tristesse...

 

Ma mère est morte très jeune. Je garde d'elle l'image d'une femme sévère et rigide : pourtant le souvenir des petits habits tricotés, ces cadeaux simples et vrais, m'ont révélé au fil du temps, en filigranne, la mère douce et aimante qu'elle aurait voulu être...


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par élizée publié dans : Récits communauté : poupées
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