Aujourd’hui, alerte orange sur notre département ! Une tempête de neige
approche : le ciel est blanc, les premiers flocons volettent dans l’air… et on sonne à ma porte !
-Qui est là ? demande une Elizée ravie de recevoir un visiteur par cette journée vouée à la solitude au coin du feu.
Vous ne devinerez jamais qui entre alors (mes poupées en ont encore les joues toutes roses de joie contenue !) : Karinette !
Vous ne la connaissez pas, et pourtant… Sa maman collectionne les poupées, sa sœur tient un blog, et elle-même a un métier passionnant : voyez plutôt !
Mais oui, Karinette est journaliste : il y a quelques jours, elle m’a demandé si elle pouvait venir m’interviewer sur mon blog et mes poupées… Moi, je n’étais pas sûre de ma réponse, mais les poupées ont pris les choses en main, et, croyez-le si vous voulez, Caroline Gégé s’est emparée du téléphone, et a répondu sans vergogne ! Et elle n’a pas sussuré à l’oreille de Karinette, comme je le craignais : « Bonjour, je m’appelle Caroline ! » Elle n’a pas entonné non plus avec passion : « Au clair de la lune », qui est pourtant la seule chanson qu’elle connaisse. Non, pas du tout ! Elle a répondu simplement, en imitant ma voix : « Oui, c’est entendu, merci beaucoup ! » Karinette n’y a vu que du feu, et moi je suis restée médusée. Ces poupées, c’est incroyable ! On les prend pour de simples objets avec un mécanisme rudimentaire à l’intérieur. Mais elles finissent par devenir, au fil du temps j’imagine, beaucoup plus que cela…
J’ai mal dormi ces dernières nuits, vousvous en doutez, me demandant si vraiment mon
modeste travail valait un reportage dans un quotidien, fut-il local. Mon site est-il suffisamment intéressant, ma collection assez précieuse, mes connaissances en matière de poupées assez
poussées ? Et surtout, moi qui ne sais pas parler simplement de ce que j’aime, dont les paroles ne reflètent jamais correctement ce que je ressens, que vais-je bien pouvoir dire à un
journaliste ?
Hier soir, lassé de m’entendre soupirer et me tortiller dans le lit à ses côtés, mon compagnon me souffle : « Mais ne t’inquiète donc pas : elle va te poser des questions, c’est
son métier ! »
Bon, l’argument est suffisamment convaincant, je finis par m’endormir…
Donc, Karinette est là et, devant un bon café, nous causons : poupées, enfance,
souvenirs, blogs, photos, récits…
Elle est très intéressée, prend des notes, laisse refroidir sa boisson…
Puis je l’emmène dans mon monde secret, pour rendre visite aux poupées. Celles-ci sont sages comme des images, alignées sur leurs étagères, et seules les petites étincelles au coin de leurs yeux
me montrent à quel point elles sont fières. Elles se laissent photographier, manipuler. Les coquettes se redressent discrètement sur la pointe des pieds quand je raconte leur histoire, elles
tournent doucement la tête, elles gonflent un peu leurs robes… Karinette est sous le charme, vous pensez !
Finalement, les yeux rêveurs, voilà notre Karinette qui repart, sous la neige, pour son journal : son carnet de notes bien rempli, quelques photos dans l’appareil, mais surtout sa tête résonnant des confidences murmurées par mes chipies qui lui rappellent tant… ses propres poupées d’enfance !
- Dès que je rentre, je téléphone à ma mère ! me crie-t-elle depuis sa
voiture…
C’est sûr, on ne sort pas indemne d’une plongée au pays de ses souvenirs!
Merci, Karinette, de vous être prêtée au jeu des poupées pendant deux heures entières ; merci de votre sensiblité et de la qualité de votre écoute ; merci d’avoir partagé avec moi cette émotion particulière que procure une poupée ancienne que l’on tient dans ses bras…
Quant à vous, chers lecteurs, si vous vous interrogez sur ce que j’ai bien pu lui raconter pendant cette matinée (je me le demande moi-même !) vous irez lire l’article de Karinette, sur le site du Pays de Franche-Comté, dimanche!